La taxe carbone piégée dans le débat droite-gauche


Critiquée par Ségolène Royal ou Martine Aubry, la taxe carbone est devenu un enjeu opposition-gouvernement, un débat droite-gauche dont voudraient sortir les écologistes. Mais quelle incidence sur le pouvoir d’achat ?

 

La taxe carbone suscite chez beaucoup peurs et interrogations : menace sur le pouvoir d’achat, mesure antisociale, inefficace,… tout y passe et venant de tout bord. Cependant, il semble exister un préalable inconscient chez ces critiques : aucun n’imagine possible de … réduire sa consommation, ne serait que d’un iota. Or, consommer moins d’énergie, si c’est bon pour la planète, c’est aussi très bon pour le portefeuille, et rapidement !!!
Voici une synthèse des principaux chiffres pour y voir plus clair.
La taxe carbone est proposée -en tout cas dans le rapport de la Commission d’experts présidée par Michel Rocard- à 32 € par tonne de CO2. Elle s’appliquera aux énergies fossiles qu’on achète au quotidien, c’est-à-dire pour l’essentiel au gaz, au fioul domestique et aux carburants. L’électricité ne semble pas être concernée par la première version de la taxe carbone.

1 tonne de CO2 c’est la quantité émise par la combustion de :

• 412 litres de super sans plomb
• 376 litres de diesel ou autant de fioul domestique (qu’on utilise majoritairement pour le chauffage)
• 5,3 MWh PCS de gaz (3 mois de chauffage d’un appartement « moyen »)

A partir de là, une taxe de 32 €/tonne de CO2 représente le surcoût suivant :

• Pour le super sans plomb : 7,7 c€/litre, ou encore 4 € sur un plein de 50 litres.
• Pour le diesel : 8,5 c€/litre ou encore 3,5 € sur un plein de 40 litres
• Pour le fioul domestique, c’est comme le diesel, soit 85 € sur une cuve de 1000 litres.
• Pour le gaz : 6 €/MWh PCS ou encore 6,7 c€/m3 (les m3 qu’on peut lire sur son compteur).

En France, il y a 26 millions de ménage. Ils achètent globalement chaque année pour leur besoins propre, 180 millions de MWh PCS de gaz naturel et 11,6 million de m3 de fioul pour se chauffer, et 26,5 millions de m3 de carburant (62% de diesel) pour parcourir chacun une moyenne de 15 000 km avec leur(s) voiture(s). (Sources : comptes des transports, CEREN, dossier COMOP du Grenelles bâtiment).

Par ménage, cela donne en moyenne chaque année (*) :

• 80 m3 de gaz et 450 litres de fioul domestique pour se chauffer, soit quelque 650 € d’énergie fossile pour le chauffage
• 1000 litres de carburant pour se déplacer, soit 1170 euros

Sans modification de comportement, la taxe carbone coûtera en moyenne à chaque ménage :

• 80 € pour le chauffage fossile
• 84 € pour le carburant

Disons 160 euros, en moyenne, par an.

Soit dit en passant, le fumeur qui consomme un paquet par jour depuis 15 ans paye aujourd’hui une taxe « tabac » de 1000 €/an de plus qu’en 1995 (3 €/paquet). Et ceux qui ont arrêté de fumer, qui ne payent ni taxe, ni cigarette ont réalisé un gain de pouvoir d’achat de +1800 €/an à 5 €/paquet.
Quelle incidence sur mon quotidien si je ne veux pas payer plus ?

Pour ne pas modifier son budget énergie fossile, malgré la taxe carbone, il faut programmer une réduction de consommation valant 160 € :

Cela consistera par exemple à acheter 130 litres de moins de carburant l’an prochain (sur 1000 litres acheté en moyenne par ménage et par an).

• Pour certain, lever légèrement le pied doit suffire.
• Si on intègre les budgets connexes (lorsqu’on prend moins la voiture, on retarde les échéances d’entretien, on paye moins de péage,…), on réalise qu’en parcourant 500 km de moins, on réalise l’économie de 160 € absorbés par la taxe carbone.
• Et pour ceux qui changent de voiture, et passent d’une voiture « moyenne française » à 160 g eqCO2/km à une voiture à 130 g eqCO2 (tout juste éligible au bonus écologique), en parcourant 12 000 km dans l’année, ils consommeront 130 litres de carburant en moins.

Au final, les seuls à réellement subir la taxe carbone sont les ménages qui se trouvent dans une situation matérielle qui les rendent très dépendant au pétrole : ceux qui viennent d’acheter une maison non isolée en zone rurale et qui travaillent en ville. Riche ou pauvre, réduire leur consommation contraindra significativement leur mode de vie.La taxe carbone est un message fort pour leur signaler qu’ils ont encore quelques années pour adapter leur mode de vie à cette nouvelle dimension. Et d’ici 10 ans, ils auront entrepris des travaux d’isolation, et auront appris à réduire leur trajet en voiture, à partager leur voiture avec leur voisin, ou bien encore, ils se seront rapproché d’une zone accessible avec des modes doux.

Et si je veux aller plus loin et tirer profit de la taxe carbone ?

• Je revends ma grosse berline et la remplace par une petite. Je gagne quelques milliers d’€ à la revente, et à l’entretien.
• Je réduis mes kilomètres parcourus. 2000 km de moins, à 30 c€/km tout compris, je gagne 600 €. Après avoir payé ma « taxe carbone », il me reste 450 € pour m’acheter des produits peu carbonés (des bouquins, un WE à la mer (en train), du caviar, des CD, un téléphone portable,…tout un tas de produits dont le contenu carbone est bien en déca de celui du carburant (donc ni cote de bœuf (6 kg eqC/kg), ni nouvelle TV écran plat (200 à 500 kg eq.C selon les dimensions)…
• J’emprunte 30 000 € à 0% sur 15 ans pour isoler ma maison, et je rembourse 200 €/mois, dont la moitié sera payé par l’économie de chauffage…

Bref, les solutions sont nombreuses quand on veut bien les voir…

OC

(*) Au cours actuel de ces énergies (SP95 à 1,30 €/ltr, Diesel à 1,05 €/ltr, Fioul à 0,60 €/ltr et Gaz à 55 €/MWh PCS),